Vieux Coppée

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Les soirs d’été, sous l’oeil ardent des devantures

Quand la sève frémit sous les grilles obscures

Irradiant au pied des grêles marronniers,

Hors de ces groupes noirs, joyeux ou casaniers,

Suceurs du brûle-gueule ou baiseurs du cigare,

Dans le Kiosque mi-pierre étroit où je m’égare,

– Tandis qu’en haut rougoie une annonce d’Ibled, –

Je songe que l’hiver figera le Tibet

D’eau propre qui bruit, apaisant l’onde humaine,

– Et que l’âpre aquilon n’épargne aucune veine.

François Coppée

A. Rimbaud

Aux livres de chevet, livres de l’art serein,

Obermann et Genlis, Ver-vert et le Lutrin,

Blasé de nouveauté grisatre et saugrenue,

J’espère, la vieillesse étant enfin venue,

Ajouter le Traité du Docteur Venetti.

Je saurai, revenu du public abêti,

Goûter le charme ancien des dessins nécessaires.

Ecrivain et graveur ont doré les misères

Sexuelles: et c’est, n’est-ce pas, cordial:

Dr Venetti, Traité de l’Amour conjugal.

F. Coppée

A.R

J’occupais un wagon de troisième: un vieux prêtre

Sortit un brûle-gueule et mit à la fenêtre,

Vers les brises, son front très calme aux poils pâlis.

Puis ce chrétien, bravant les brocarts impolis,

S’étant tourné, me fit la demande énergique

Et triste en même temps d’une petite chique

De caporal, – ayant été l’aumônier chef

D’un rejeton royal condamné derechef;

Pour malaxer l’ennui d’un tunnel, sombre veine

Qui s’offre aux voyageurs, près Soissons, ville d’Aisne.

Je préfère sans doute, au printemps, la guinguette

Où des marronniers nains bourgeonne la baguette,

Vers la prairie étroite et communale, au mois

De mai. Des jeunes chiens rabroués bien des fois

Viennent près des Buveurs triturer des jacinthes

De plate-bande. Et c’est, jusqu’aux soirs d’hyacinthe,

Sur la table d’ardoise où, l’an dix-sept cent vingt

Un diacre grava son sobriquet latin

Maigre comme une prose à des vitraux d’église

La toux des flacons noirs qui jamais ne les grise.

François Coppée
A.R.

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