Fêtes de la faim

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Ma faim, Anne, Anne,

Fuis sur ton âne.

Si j’ai du goût, ce n’est guères

Que pour la terre et les pierres

Dinn ! dinn ! dinn ! dinn ! je pais l’air,

Le roc, les Terres, le fer.

 

Tournez, les faims ! paissez, faims,

Le pré des sons !

L’aimable et vibrant venin

Des liserons ;

 

Mangez

Les cailloux qu’un pauvre brise,

Les vieilles pierres d’églises,

Les galets, fils des déluges,

Pains couchés aux vallées grises !

 

Mes faims, c’est les bouts d’air noir ;

L’azur sonneur ;

– C’est l’estomac qui me tire.

C’est le malheur.

 

Sur terre ont paru les feuilles :

Je vais aux chairs de fruits blettes,

Au sein du sillon je cueille

La doucette et la violette.

 

Ma faim, Anne, Anne !

Fuis sur ton âne.

Août 1872

 

Le loup criait sous les feuilles

En crachant les belles plumes

De son repas de volailles :

Comme lui je me consume.

 

Les salades, les fruits

N’attendent que la cueillette;

Mais l’araignée de la haie

Ne mange que des violettes.

 

Que je dorme ! que je bouille

Aux autels de salomon.

Le bouillon court sur la rouille,

Et se mêle au Cédron.

 

Entends comme brame

près des acacias

en avril la rame

viride du pois !

 

Dans sa vapeur nette,

vers Phoebé ! tu vois

s’agiter la tête

de saints d’autrefois…

 

Loin des claires meules

des caps, des beaux toits,

ces chers Anciens veulent

ce philtre sournois…

 

Or ni fériale

ni astrale ! n’est

la brume qu’exhale

ce nocturne effet.

 

Néanmoins ils restent,

– Sicile, Allemagne,

dans ce brouillard triste

et blêmi, justement !

 

O saisons, ô châteaux,

Quelle âme est sans défauts ?

 

O saisons, ô châteaux,

 

J’ai fait la magique étude

Du Bonheur, que nul n’élude.

 

O vive lui, chaque fois

Que chante son coq gaulois.

Mais ! je n’aurai plus d’envie,

Il s’est chargé de ma vie.

 

Ce Charme ! il prit âme et corps,

Et dispersa tous efforts.

Que comprendre à ma parole ?

Il fait qu’elle fuie et vole !

 

O saisons, ô châteaux !

 

Et, si le malheur m’entraîne,

Sa disgrâce m’est certaine.

Il faut que son dédain, las !

Me livre au plus prompt trépas !

 

– O Saisons, ô Châteaux !