Album dit Zutique

-ALBUM DIT ZUTIQUE-


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Cocher ivre

Drunken Coachman

book

Pouacre

Boit :

Nacre

Voit :

Acre

Loi,

Fiacre

Choit !

Femme

Tombe :

Lombe

Saigne :

Geigne.’

Clame !

A.R.

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Jeune Goinfre

Young Greedyguts

book

Casquette

De moire,

Quéquette

D’ivoire,

Toilette

Très noire,

Paul guette

L’armoire,

Projette

Languette

Sur poire,

S’apprête

Baguette,

Et foire.

A.R.

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Paris

Paris

book

Al. Godillot, Gambier,

Galopeau, Volf-Pleyel,

– ô Robinets ! – Menier,

– O Christs ! – Leperdriel !

Kinck, Jacob, Bonbonnel !

Veuillot, Tropmann, Augier !

Gill, Mendès, Manuel,

Guido Gonin ! – Panier

Des Gârces ! L’Hérissé !

Cirages onctueux !

Pains vieux, spiritueux !

Aveugles ! – puis, qui sait ? –

Sergents de ville, Enghiens

Chez soi ! – Soyons chrétiens !

A.R.

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Vieux de la vieille !

The Old Guard

book

Aux paysans de l’empereur !

A l’empereur des paysans !

Au fils de Mars,

Au glorieux 18 Mars !

Où le Ciel d’Eugénie a béni les entrailles !

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Les Lèvres closes

Lips Sealed

book

Vu à Rome

Il est, à Rome, à la Sixtine,

Couverte d’emblèmes chrétiens,

Une cassette écarlatine

Où sèchent des nez fort anciens:

Nez d’ascètes de Thébaïde,

Nez de chanoines du Saint Graal

Où se figea la nuit livide,

Et l’ancien plain-chant sépulcral.

Dans leur sécheresse mystique,

Tous les matins, on introduit

De l’immondice schismatique

Qu’en poudre fine on a réduit.

Léon Dierx.

A.R.

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Fête galante

Love-Feast

book

Rêveur, Scapin

Gratte un lapin

Sous sa capote.

Colombina,

– Que l’on pina !

– Do, mi, – tapote

L’oeil du lapin

Qui tôt, tapin,

Est en ribote….

Paul Verlaine

A.R.

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L’Angelot maudit

The Accursed Cherub

book

Toits bleuâtres et portes blanches

Comme en de nocturnes dimanches

Au bout de la ville sans bruit,

La Rue est blanche, et c’est la nuit.

La Rue a des maisons étranges

Avec des persiennes d’Anges.

Mais, vers une borne, voici

Accourir, mauvais et transi,

Un noir Angelot qui titube

Ayant trop mangé de jujube.

Il fait caca: puis disparait:

Mais son caca maudit paraît,

Sous la lune sainte qui vaque,

De sang sale un léger cloaque !

Louis Ratisbonne

A. Rimbaud

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Lys

Lilies

book

O balancoirs ! ô lys ! clysopompes d’argent !

Dédaigneux des travaux, dédaigneux des famines !

L’Aurore vous emplit d’un amour détergent !

Une douceur de ciel beurre vos étamines !

Armand Silvestre
A.R.

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L’Humanité chaussait..

Humanity was lacing…

book

L’Humanité chaussait le vaste enfant Progrès.

Louis-Xavier de Ricard

Arthur Rimbaud

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Remembrances du vieillard idiot

Memories of the Feeble-minded Old Man

book

Pardon, mon père !

Jeune, aux foire de campagne,

Je cherchais, non le tir banal où tout coup gagne,

Mais l’endroit plein de cris où les ânes, le flanc

Fatigué, déployaient ce long tube sanglant

Que je ne comprends pas encore !…

Et puis ma mère,

Dont la chemise avait une senteur amère

Quoique fripée au bas et jaune comme un fruit,

Ma mère qui montait au lit avec un bruit

– Fils du travail pourtant, – ma mère, avec sa cuisse

De femme mûre, avec ses reins très gros où plisse

Le linge, me donna ces chaleurs que l’on tait.

Une honte plus crue et plus calme, c’était

Quand ma petite soeur, au retour de la classe,

Ayant usé longtemps ses sabots sur la glace,

Pissait, et regardait s’échapper de sa lèvre

D’en bas, serrée et rose, un fil d’urine mièvre !…

O pardon !

Je songeais à mon père parfois :

Le soir, le jeu de cartes et les mots plus grivois,

Le voisin, et moi qu’on écartait, choses vues…

– Car un père est troublant ! – et les choses conçues !…

Son genou, câlineur parfois ; son pantalon

Dont mon doigt désirait ouvrir la fente… – Oh ! non ! –

Pour avoir le bout gros, noir et dur de mon père,

Dont la pileuse main me berçait !…

Je veux taire

Le pot, l’assiette à manche, entrevue au grenier,

Les almanachs couverts en rouge, et le panier

De charpie, et la Bible, et les lieux, et la bonne,

La Sainte-Vierge et le crucifix…

Oh ! personne

Ne fut si fréquemment troublé, comme étonné !

Et maintenant, que le pardon me soit donné :

Puisque les sens infects m’ont mis de leurs victimes,

Je me confesse de l’aveu des jeunes crimes !…

dots

Puis !… qu’il me soit permis de parler au Seigneur ! –

Pourquoi la puberté tardive et le malheur

Du gland tenace et trop consulté ? Pourquoi l’ombre

Si lente au bas ventre ? et ces terreurs sans nombre

Comblant toujours la joie ainsi qu’un gravier noir ?

– Moi j’ai toujours été stupéfait ! Quoi savoir ?

dots

Pardonné ?…

Reprenez la chancelière bleue,

Mon père.

O cette enfance !

dots

– et tirons-nous la queue !

François Coppée

A. R.

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Vieux Coppée

Old Coppées

book

Les soirs d’été, sous l’oeil ardent des devantures

Quand la sève frémit sous les grilles obscures

Irradiant au pied des grêles marronniers,

Hors de ces groupes noirs, joyeux ou casaniers,

Suceurs du brûle-gueule ou baiseurs du cigare,

Dans le Kiosque mi-pierre étroit où je m’égare,

– Tandis qu’en haut rougoie une annonce d’Ibled, –

Je songe que l’hiver figera le Tibet

D’eau propre qui bruit, apaisant l’onde humaine,

– Et que l’âpre aquilon n’épargne aucune veine.

François Coppée

A. Rimbaud

Aux livres de chevet, livres de l’art serein,

Obermann et Genlis, Ver-vert et le Lutrin,

Blasé de nouveauté grisatre et saugrenue,

J’espère, la vieillesse étant enfin venue,

Ajouter le Traité du Docteur Venetti.

Je saurai, revenu du public abêti,

Goûter le charme ancien des dessins nécessaires.

Ecrivain et graveur ont doré les misères

Sexuelles: et c’est, n’est-ce pas, cordial:

Dr Venetti, Traité de l’Amour conjugal.

F. Coppée

A.R

J’occupais un wagon de troisième: un vieux prêtre

Sortit un brûle-gueule et mit à la fenêtre,

Vers les brises, son front très calme aux poils pâlis.

Puis ce chrétien, bravant les brocarts impolis,

S’étant tourné, me fit la demande énergique

Et triste en même temps d’une petite chique

De caporal, – ayant été l’aumônier chef

D’un rejeton royal condamné derechef;

Pour malaxer l’ennui d’un tunnel, sombre veine

Qui s’offre aux voyageurs, près Soissons, ville d’Aisne.

Je préfère sans doute, au printemps, la guinguette

Où des marronniers nains bourgeonne la baguette,

Vers la prairie étroite et communale, au mois

De mai. Des jeunes chiens rabroués bien des fois

Viennent près des Buveurs triturer des jacinthes

De plate-bande. Et c’est, jusqu’aux soirs d’hyacinthe,

Sur la table d’ardoise où, l’an dix-sept cent vingt

Un diacre grava son sobriquet latin

Maigre comme une prose à des vitraux d’église

La toux des flacons noirs qui jamais ne les grise.

François Coppée
A.R.

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Etat de siège

State of Siege

book

Le pauvre postillon, sous le dais de ferblanc,

Chauffant une engelure énorme sous son gant,

Suit son lourd omnibus parmi la rive gauche,

Et de son aine en flamme écarte la sacoche.

Et tandis que, douce ombre où des gendarmes sont,

L’honnête intérieur regarde au ciel profond

La lune se bercer parmi la verte ouate,

Malgré l’édit et l’heure encore délicate,

Et que l’omnibus rentre à l’Odéon, impur

Le débauché glapit au carrefour obscur !

François Coppée
A.R.

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Ressouvenir

Remembrance

book

Cette année où naquit le Prince impérial

Me laisse un souvenir largement cordial

D’un Paris limpide ou des N d’or et de neige

Aux grilles du palais, aux gradins du manège,

Eclatent, tricolorement enrubannés.

Dans le remous public des grands chapeaux fanés,

Des chauds gilets à fleurs, des vieilles redingotes,

Et des chants d’ouvriers anciens dans les gargotes,

Sur des châles jonchés l’Empereur marche, noir

Et propre, avec la Sainte Espagnole, le soir.

Francois Coppée

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L’enfant qui ramassa les balles…

The ball-boy, the Prepubescent, in whose veins…

book

L’enfant qui ramassa les balles, le Pubère
Où circule le sang de l’exil et d’un Père
Illustre entend germer sa vie avec l’espoir
De sa figure et de sa stature et veut voir
Des rideaux autres que ceux du Trône et des Crèches.
Aussi son buste exquis n’aspire pas aux brèches
De l’Avenir ! — il a laissé l’ancien jouet. —
Ô son doux rêve ô son bel Enghien* ! Son œil est
Approfondi par quelque immense solitude ;
“Pauvre jeune homme, il a sans doute l’Habitude !”

Francois Coppée

* parce que “Enghien chez soi”

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